Liberté et Démocratie

Liberté et Démocratie

Le Drame de l’apprentissage de l’informatique à l’École.

 

 

« Maman, tu peux vite me donner ton téléphone s’te plaît, si j’appelle pas tout de suite, mon ordinateur va être bloqué! »

-Quoi?

-Oui, j’ai été infecté par un virus, il faut que je téléphone à ce numéro pour débloquer mon ordinateur. 

 

Ce dialogue n’est pas inventé, c’est une conversation entre un de mes enfants et ma femme qui a eu lieu hier soir. Je suis évidemment intervenu, j’ai pris l’ordinateur et quelques clicks plus tard, il s’avérait que l’ordinateur de notre ado d’appartement n’était en aucun cas bloqué, mais qu’il s’agissait d’un message de fishing dans le but de faire appeler un numéro par un pigeon de manière à vendre les logiciels antivirus qui naturellement seraient hors de prix, qui ne serviraient à rien et dont l’efficacité est plus que douteuse. 

 

De cette anecdote s’en est suivit une discussion familiale ou j’ai demandé au dit ado ce qu’il pouvait bien avoir appris lors de ses cours d’informatique pompeusement renommés MITIC (Médias, Images, Technologies de l'Information et de la Communication) par je ne sais quel technophilosofonctionnaire du département. 

 

Ma première surprise fut d’apprendre que nos chères têtes blondes ne sont pas formées sur Windows, Mac et Office comme le bon sens pourrait l’attendre étant donné qu’il y a 99% de chances que dans leur vie professionnelle, elles soient confrontées à un de ces environnements informatiques, mais sur un obscur OS open source dont j’ai déjà oublié le nom et dont je n’avais jamais entendu parlé. 

 

Jusque là vous me direz que finalement, les formules Excel et les commandes Word sont vaguement semblables que vous utilisiez les softs originaux ou les alternatives open source. C’est un point de vue défendable. Néanmoins, l’environnement est sensiblement différent et les évolutions dans le domaine ne sont pas toujours les mêmes sur les programmes libres que sur les systèmes originaux. Bref, il s’agit d’un choix pédagogique, je le trouve discutable, vous l’aurez compris, mais s’il n’y avait que cela, je pourrais m’en accommoder. 

 

Le problème, c’est que j’ai fini par demander ce qu’ils avaient vu en matière de Troyens, d’hameçonnage et autre malware. J’ai demandé quelles avaient été les recommandations de l’enseignant en matière de précaution lors d’une navigation internet. Et la réponse fut simple: RIEN! 

 

Finalement, je suis agacé par la situation, mais pas surpris. Premièrement, il faut comprendre comment fonctionne l’établissement d’un programme scolaire. Le programme scolaire est un enjeu politique régi par la loi. L’école n’a absolument aucune marge de manoeuvre dans les branches qui sont enseignées. Elles sont décidées dans les législatifs cantonaux et dépendent des volontés politiques partisanes des différents élus. Cette façon de procéder était efficace du XIXe siècle jusqu’au milieu de la dernière décennie du XXe siècle. Elle est par contre désormais obsolète depuis que l’informatique et les nouvelles technologies ne sont plus des hobbies, mais des outils non seulement de travail, mais également d’administration privée. Nous vivons désormais dans un monde où vous pouvez ne pas avoir de téléphone fixe, mais où il est de plus en plus compliqué d’évoluer sans une adresse mail et un accès internet. Les gens qui arriveront sur le marché du travail dans 10 ans et qui ne maîtriseront pas l’outil informatique seront exactement dans la même situation que les personnes qui ne maîtrisent pas la langue ou la lecture. Ce seront des analphabètes et seront cantonnées à des postes de seconde zone. 

 

Le problème est générationnel. En effet, si nous regardons la moyenne d’âge des députés siégeant dans les législatifs cantonaux, elle est encore très élevée. Nous avons en face de nous les derniers d’une génération qui n’a pas eu besoin d’avoir un ordinateur pour travailler avant l’âge de 50 ans. Ces gens ont eu des enfants qui ont mon âge. Ma génération était naturellement douée en informatique, car nous n’avions personne pour le faire à notre place et nous n’avions pas Google pour répondre à nos questions. Nous avons donc dû nous documenter à l’ancienne et acheter livres et magazine pour comprendre comment mettre nos ordinateurs en réseau pour jouer à Age of Empire! Oui, mais voilà, ma génération a eu des enfants. Ces enfants sont nés dans des appartements qui sont équipés de 3, 4 ou 5 ordinateurs, autant de tablette et de smartphone qui sont également des ordinateurs complets aujourd’hui. Ils n’ont pas eu à se poser de questions, tout était là. Mon fils de 6 ans trouve parfaitement normal d’ouvrir un ordinateur pour commander à manger au restaurant du coin alors que moi je me servais de mon portable que j’ai eu à 16 ans et que ma mère se servait de son vieux Tritel et de l’annuaire des PTT. 

 

Alors les députés qui décident des programmes scolaires sont souvent les grands-parents des élèves des écoles d’aujourd’hui. Si on en juge par la qualité de nombre de leur publication de campagne sur les réseaux sociaux, on comprend très vite qu’ils ne comprennent strictement rien à monde 2.0. Alors forcement, quand ils reçoivent leurs petits-enfants, qu’ils les voient poster des photos sur Instagram, monter une vidéo avec iMovies ou trouver une réponse à une question sur Wiki, ils se disent « Wahooo, les jeunes sont doués en informatique ».  C’est une réaction normale, mais fausse, la même que celui qui ne sait pas conduire et qui monte en voiture avec un type qui roule un peu fort sur un circuit, ce sera impressionnant pour le profane, mais ce n’est pas Fangio au volant… Non, les gosses d’aujourd’hui sont des billes en informatique. Ce sont de dangereux naïfs vulnérables absolument pas préparés aux enjeux de la navigation web ou à l’usage réel de l’ordinateur. Ils ne savent pas ce qu’est un hack, un virus, une lan, un open source, un logiciel propriétaire, une licence, un câble Ethernet, un firewall et à quoi sert un antivirus. Beaucoup sont même incapables de comprendre qu’il est facile de prendre le contrôle de sa webcam. Ils ne se rendent absolument pas compte qu’une photo postée sur le web y restera pour l’éternité et qu’ils ne pourront jamais la retirer totalement. Ils ne comprennent pas ce qu’est la notion de droit à l’image. Ils ne se rendent pas compte que les photos d’eux, ivres morts, lors d’une soirée fantastique, seront visibles par un futur employeur qui lui, saura se servir de ses outils. Les plus âgés qui ont déjà des enfants ne se rendent pas compte que la photo de la première échographie de leur enfant chéri se retrouvera dans 20 ans chez son recruteur. Que son premier bain sera visible par ces futurs collègues. Et la liste des idioties faites sur le net est encore longue. 

 

Il est urgent d’agir! 

 

Si dans ce texte il y a plus que 5 mots techniques que vous ne comprenez pas, c’est que vous aussi vous n’êtes pas à la page. Alors, imaginez un gosse de 10 ans… 

 

Nos législatifs ont eu et ont encore de vifs débats sur l’apprentissage du Latin, de l’Anglais, des théorèmes de Pytagore et Thalès, l’ensemble des nombres complexes, le calcul de la vitesse de la lumière ou le subjonctif plus-que-parfait. Toutes ces branches et sujets sont clairement indispensables. Mais si vous ne trouvez pas la valeur d’une hypoténuse, vous ne risquez pas de vous faire vider vos comptes en banques. Si vous ne savez pas faire la différence entre un vrai site internet et un site d’hameçonnage, vous pouvez perdre jusqu’à votre identité. 

 

Il serait donc temps que l’Etat mette des moyens à disposition et des enseignants formés (pas des profs de math qui savent taper =Somme(F6+F64) sur Excel) qui préparent nos enfants aux vrais enjeux qu’ils affronteront demain. Car si nous ne faisons rien, dans 20 ans, le fossé entre ceux qui maîtrisent l’informatique et ceux qui ne le maîtrisent pas sera strictement le même qu’au Moyen-Age entre ceux qui savaient lire et écrire et ceux qui ne savaient pas. Les uns auront accès à tout, les autres auront les restes. 

 

Egalement disponible sur mon blog de la Tribune de Genève

 



06/06/2017
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