Liberté et Démocratie

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Instruction publique: un peu de bon sens!

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L'heure est aux économies à Genève. Malheureusement, certains partis politiques ont une vision très réductrice de la république et de son rôle dans l'instruction publique. C'est pourquoi ils proposent, au moment où ce secteur a besoin de soutien et de réformes structurelles, d'amputer son budget de plus de 17 millions de francs pour l'an prochain. Une mesure inique qui vise à assurer le versement de l'annuité des fonctionnaires. Cherchez l'erreur. Nous serions plutôt en droit d'attendre de nos politiciens une hauteur de vue sur la question, et un attachement fort et profond à une instruction de qualité. Le rôle de l’État n'est pas de se substituer à celui des parents, qui en la matière ont envers leurs enfants un devoir d'éducation. Celui de la république réside dans l'instruction, l'élévation par la connaissance. Nous souffrons aujourd'hui d'une politique utilitariste qui voit dans l'enseignement son seul aspect serviciel: former les jeunes pour qu'ils soient le mieux adaptés au marché du travail. Certes, c'est crucial et nous ne remettons pas en cause cet élément. Mais l'instruction a aussi pour mission de donner aux enfants la possibilité de choisir leur voie, de s'élever par la connaissance et par les choses de l'esprit. D'exercer leur esprit critique et d'être à même de se responsabiliser. Malheureusement, nous ne sommes plus au stade d'un enseignement qualitatif, car si les enseignants font tout leur possible pour assumer leurs responsabilités – et quelles responsabilités que celles de devoir instruire les générations qui dirigeront demain! –, ils font sans cesse l'objet d'attaques sur leur travail. Il n'est pas question de les plaindre ou de les hisser sur un piédestal. Il s'agit de leur donner les moyens de mener à bien la tâche qui est la leur.

 

La situation politique à Genève est catastrophique. Si l'instruction publique n'est plus qu'une entrée parmi d'autres dans le budget annuel de l’État, où l'on peut couper à loisir, comment peut-on espérer garantir un avenir à nos enfants? S'il y a bien un secteur où tout investissement s'avère utile, c'est celui-ci! En aucun cas les propositions de certains députés de la Commission des finances ne peuvent satisfaire des citoyens qui veulent assurer le futur des nouvelles générations.

 

Nous ne devons pas pour autant interdire toute remise en question des dépenses liées à l'instruction publique. C'est pourquoi il faut réfléchir, discuter, débattre et proposer. Tailler dans le budget ne répond à aucune nécessité prépondérante. C'est de la basse politique comptable, du pinaillage pour énerver ses adversaires et les punir. La gauche n'a pas le monopole de l'enseignement et ce serait sacrilège que de lui laisser ce privilège! L'instruction à Genève s'enlise dans des politiques sans vision, où les remises en question se font toujours plus rares.

 

L'instruction publique doit s'adapter à son époque et répondre aux besoins fondamentaux des nouvelles générations. Parmi ceux-ci, il y a la nécessité d'avoir une formation de qualité, et pour ce faire, la politique doit prendre ses responsabilités. Aujourd'hui, il n'existe qu'une seule manière d'enseigner à l'école publique. Les instituts privés assurent d'autres méthodes d'instruction, mais bien sûr ils ne sont accessibles qu'à ceux qui en ont les moyens. Or, notre république se drape de promouvoir l'égalité des chances. L'une des réformes majeures à initier dans ce secteur, c'est justement de prendre en compte les profils qui n'entrent pas dans les cases généralistes de l'instruction publique. Il n'y a pas qu'une manière d'enseigner, d'intéresser à la culture, de former à des métiers. Il y en a pléthore et c'est le rôle du politique que de s'interroger sur sa capacité à faire évoluer l'instruction publique de sorte à ce qu'elle puisse assurer sa mission. L’État doit arborer un volontarisme bienveillant à l'égard des enfants. Il doit proposer des chemins, accompagner les individus dans leur épanouissement. Il ne doit pas se montrer rigide et décider a priori ce qui est bon ou mauvais pour l'enfant. C'est le rôle de l'école publique que d'être en mesure de tendre la main à tout un chacun, et non de l'enfermer dans une case. Nombreux sont les élèves qui n'ont pas la possibilité de suivre un enseignement adapté parce qu'ils n'ont pas la même manière d'apprendre et de s'épanouir.

 

Alors que la norme actuelle est à l'uniformisation de l'instruction publique sur le plan national, les politiciens doivent remettre en question ce système. Tailler dans le budget de l'enseignement, c'est se déresponsabiliser si l'on ne propose pas derrière de véritables solutions. Et l'on prend le risque de voir toute l'infrastructure s'effondrer, parce qu'elle demeure inchangée et jamais questionnée. Plutôt que de chercher à récupérer quelques voix ici et là, les élus de la République et Canton de Genève devraient pour une fois s'interroger de concert sur leur utilité dans un dossier crucial pour l'avenir de ceux qui les remplaceront dans dix, vingt, trente ou quarante ans. Ce n'est pas demain qu'il faudra se morfondre sur les conséquences d'une absence de réaction.

 

 

Grégoire Barbey                                                                                                                                                     Aristos Marcou

 

 

 

 

Egalement disponible sur mon blog de la tdg ainsi que sur le blog de Grégoire Barbey



03/12/2014
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