Liberté et Démocratie

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Salaire minimal: un pas en avant pour deux en arrière

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Mon article paru dans  l'Agefi du 21 mars 2014 sur les salaires minimums.

 

La Suisse ne connaît pas de législation en matière de salaire minimum. L’usage veut que le salaire soit conclu par négociation entre l’employeur et le salarié à moins qu'une Convention collective de travail (CCT) prévoit un barème dans le secteur idoine.  Les augmentations se font de la même manière, soit d’entente entre l’employé et l’employeur, soit à la suite de négociations entre les partenaires sociaux. 

 

Ce système a permis à la Suisse d’avoir, selon l’OCDE, des revenus par ménage parmi les plus élevés au monde et des inégalités parmi les plus basses. Ce modèle a également permis la paix du travail et un rapport équitable entre syndicats et employeurs. 

 

Le 18 mai prochain, le peuple votera sur un salaire minimal généralisé. Ce salaire sera non pas de 4000 francs par mois mais de 22 francs de l’heure majoré du coût de la vie à compter du dépôt du texte à la Chancellerie fédérale. Ce point est important car  si l’on prend la méthode de calcul de l’assurance chômage, soit 21,5 jours par mois, il faudrait alors travailler 8,5 heures par jour pour obtenir ce salaire. Il est dès lors évident que bien peu d’employés toucheront les 4000 francs promis.

 

Le système actuel permet aux partenaires sociaux de se mettre d’accord sur les salaires entre les différents acteurs d'un même secteur. De prendre en compte les spécificités de la branche. En cas d’acception de l’initiative, ces négociations n’auront plus lieu d’être. Les employeurs et employés pourront se contenter du texte constitutionnel qui rentrera en vigueur. Le salaire minimum étant le salaire donné à la personne la moins qualifiée, tous les employés sans formation post-obligatoire toucheront le même salaire. Que cette personne soit vendeuse, employée de bar, de restaurant ou manutentionnaire sur un chantier. Cela, sans tenir compte de son âge, de son expérience ou de la pénibilité du travail. Cette loi créera donc, comme en France, une classe sociale à part, au bénéfice du salaire minimum, pour qui les perspectives d’augmentation salariale dépendront uniquement des modifications législatives et non de leurs progrès ou de l'assiduité fournie.

 

De plus, les CCT ne fixent pas seulement les salaires, elles fixent également les prestations sociales, les congés payés en surplus des quatre semaines fixées par la loi et éventuellement quelques conditions de licenciement et assurances sociales. 

 

Si les partenaires ne se mettent plus à la table des négociations, c'est tout un pan de nos relations syndico-patronales qui disparaitra et nombre de secteurs verront les prestations sociales réduites au strict minimum légal.

 

La Suisse est un des rares pays d’Europe où l’ascenseur social fonctionne encore. Il n’est pas rare que les suisses exercent une profession qui n’est pas celle pour laquelle ils ont été formés. Cela est dû en partie à une grande liberté économique. Elle permet aux patrons de donner sa chance à un employé en limitant ses risques. Elle motive les gens à entreprendre des formations continues de manière à progresser dans leur entreprise ou à en changer. Il est vrai que 10% de la population gagne moins de 22 francs de l’heure, mais pour de nombreux cas, c’est une situation provisoire qui concerne souvent des jeunes ou des personnes non qualifiées. Aujourd’hui ces gens ont la possibilité de progresser, de se former et d’avancer.  L’entrée en vigueur d’un salaire minimum détruira une partie de ces emplois et conduira ces personnes au chômage. Pour les autres, plus aucune perspective d’avenir ne sera envisageable. Ils passeront leur vie au salaire minimum, avec les cotisations sociales minimales et arriveront à la retraite avec une rente minimale.  

 

Si l’idée d’un salaire minimum peut paraître une bonne idée et une avancée sociale, il est en fait un retour en arrière qui remplacera un problème par un autre. Il fera des pauvres actuels une nouvelle classe de pauvres étatisés, qui seront simplement en ordre avec la législation imposée.

 

Aristos Marcou

 

Remerciements à Jennifer Belli et  Laurent Naville pour le travail de recherche.



21/03/2014
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