Liberté et Démocratie

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Le harcèlement scolaire, l'hypocrisie du système. 

 

 

L’autre jour, nous avons reçu de la part (selon l’en-tête) de la Conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta une circulaire nous informant que désormais, le Département de l’instruction publique (DIP) avait mis en place une « helpline » pour les cas de harcèlement à l’école. 

 

Selon le site du DIP, voici ce qui est proposé: 

 

•une écoute, une évaluation et une orientation immédiate en fonction de la situation ;

•un accueil sur rendez-vous dans un délai approprié ;

•une assistance psychologique, médicale, juridique, matérielle et sociale de la situation ;

•des informations sur la loi fédérale d’aide aux victimes d’infractions, les droits des victimes, les procédures pénales, civiles et administratives ;

•un soutien psychologique immédiat pour surmonter l’état de stress aigu ou post-traumatique de la victime, afin qu’elle puisse se reconstruire et se sentir réhabilitée ;

•une orientation vers les professionnel-le-s ou services spécialisés (avocat-e-s, psychothérapeutes, médecins, hébergements, etc.) ;

•si nécessaire, un accompagnement en tant que personne de confiance auprès de la police et de la justice. 

 

 

En gros, le DIP met à disposition une structure qui va permettre à la victime de se soigner et d’entreprendre les démarches juridiques pour lutter contre ses agresseurs… Magnifique… On voit ici que les gens qui ont concocté ce magnifique plan d’action à 4 mois des élections cantonales n’ont jamais été victimes de harcèlement. Non, jamais, car dans ce superbe projet, l’essentiel, qui ne pourra être fait que par le personnel du DIP directement n’est absolument pas proposé. Il s’agit tout bêtement de la mise en sécurité de la victime ou, si j’ose dire, la mise hors d’état du nuire de l’agresseur. Et à ce sujet, ce magnifique projet ne propose rien. Et sans cela, il est tout bonnement inutile. 

 

J’ai été victime de harcèlement scolaire… Ce fut long! Cela a duré de la 7e année (aujourd’hui renommée 9e) jusqu’a en fin de 8e. Deux années où mon quotidien, c’était l’isolement, les insultes, les humiliations, les coups, les passages à tabac, etc. Cette période m’aura valu plusieurs passages aux urgences, une rhinoplastie suite à une fracture du nez, un retard d’un an sur mon traitement orthodontique suite à la casse de mon appareil dentaire et un nombre de nuits blanches inimaginable. Durant cette période, j’étais seul. Seul, car cela commence par une petite altercation. Vous vous dites que c’est sans suite… Mais petit à petit, les moutons suivent le troupeau. Des gens que vous pensiez être des amis refusent de vous côtoyer de peur d’être mal vus. Quand les coups commencent, vous sollicitez le corps enseignant. S’en suit une convocation des parents et des agresseurs concernés, tout le monde fait de belles promesses… Mais le lendemain, c’est un autre qui vient vous voir pour vous faire payer d’avoir dénoncé le premier… Vous retourner voir le corps enseignant et re convocation, re discussion et re promesse… Puis ça recommence… Et un jour on vous conseille de voir un psy… Que vous voyez ! Et ça devient la routine… Finalement le psy sert surtout à vous dispenser de gym et surtout du passage à tabac dans les vestiaires… Passage à tabac qui finit par une remontrance générale du prof qui considère cela comme une simple bagarre sans se rendre que compte que les coups ne sont donnés qu’à un seul… À vrai dire il s’en fout, ce n’est pas son job. Au bout d’un moment, vous entrez dans une routine où vous vous dites que l’école n’est pas la vraie vie, vous y allez la boule au ventre, car vous n’avez pas le choix. Vous la quittez le plus vite possible. Vous passez vos pauses seul, vos révisions seul, vous appréhendez les sorties, vous êtes banni des photos de course d’école, etc. Et finalement, vos notes s’effondrent et votre scolarité finit par tourner à la catastrophe… S’en suit l’échec scolaire… Vos parents vous reprochent alors vos notes car vous ne travaillez pas assez. Vous perdez ainsi la dernière illusion de soutien.  Mais pendant ce temps-là, vos agresseurs n’ont jamais subi de sanctions. N’ont jamais changé d’école. Lorsque vous avez déposé plainte, la police vous a convaincu de retirer votre plainte en échange de frais médicaux. Il ne faillait pas détruire la vie d’un jeune en détresse qui avait fait une bêtise (sic). Et pendant que vous vous effondrez, que vous renoncez à vos rêves, etc. Vos agresseurs eux, continuent leur cursus sans problème, entreprennent des études et font des carrières pendant que vous, vous recollez les morceaux… Il vous faudra un jour, vous-même vous adonner à la violence pour sortir du cercle vicieux et même si vous, vous n’échapperez pas à la sanction, vous aurez au moins réussi a sortir de cet enfer alors que l’école vous aura laissé tombé. Etre victime du harcèlement scolaire, c’est ça… L’enfer au quotidien. 

 

Mais le DIP a peur d’agir vraiment. Le DIP a peur, car il a dans l’idée que la sanction est néfaste. Il laisse donc victime et bourreaux évoluer ensemble. Il conseille à la victime d’être suivie psychologiquement… Mais ne serait-ce pas également important de faire une évaluation psychologique d’un ou plusieurs jeunes qui torturent continuellement un autre au seul prétexte qu’il est plus faible, différent ou que sais-je. Ne serait-ce pas plus utile de mettre en place une structure qui permette  immédiatement de soustraire la victime à son bourreau ? Et de faire cela non pas en retirant la victime de l’école, mais bien l’agresseur. Ne serait-ce pas nécessaire d’être aussi ferme avec l’agresseur originel qu’avec tous ceux qui auront lâchement suivi et participer au supplice ? Et surtout, ne serait-ce pas plus utile, une fois les premières actions faites, de suivre le cas de sanctionner toutes les représailles, même celles faites par des tiers, avec la même fermeté? Évidemment que tout cela serait utile. Mais cela demande du courage. Cela demande du courage, car c’est politiquement incorrect. Car notre société refuse de punir. De la ténacité, car oui, dans certains cas extrêmes, des agresseurs payeront leurs actions par un échec scolaire. Mais eux au moins, seront responsables de leurs actes et de la situation. Les victimes, elles, bien souvent subissent une triple voir une quadruple peine. Les agressions, l’isolement, l’échec scolaire, les représailles. Ce n’est pas une hotline qui va régler cela, c’est une vraie sensibilisation du corps enseignant. Aujourd’hui, le harcèlement est responsable de nombreux suicides chez les jeunes. Si beaucoup s’en sortent, un nombre trop important y laisse leur santé voir leur vie. Et en cas de suicide, tout le monde dit « si on avait su!! ». Sauf qu’aujourd’hui, on sait que le harcèlement scolaire est une plaie qui détruit des vies. Et cette plaie, avant de vouloir la soigner, il faut supprimer ce qui la provoque. Et pour qu’elle s’arrête, dès qu’un agresseur harcèle une victime, il faut sortir l’agresseur de l’école  et le mettre hors d’état de nuire. Car l’école doit être  un lieu de paix ou les enfants peuvent étudier sereinement car ils s’y sentent en sécurité. 

 

Comme je l’ai écrit, j’ai moi-même été victime de harcèlement. J’ai réussi à m’en remettre. Du moins je crois, car les blessures sont profondes. Mais j’ai dû faire ce chemin seul. Je peux vous dire que ce que la Conseillère d’Etat met en place ne m’aurait pas aidé du tout. Du moment que je  parlais, je subissais encore plus, j’ai donc fini par me taire… Donc, ne soyons pas dupes. Cette démarche est une manière d’écrire à tous les parents du canton pour leur dire qu’elle pense à leurs enfants! C’est un magnifique tract électoral au frais du contribuable, mais comme souvent, cette mesure ne changera pas grand-chose au quotidien de ses enfants qui subissent. Car ils auront beau appeler au secours, ils resteront confrontés à leurs agresseurs. S’il y a une vraie volonté de l’Etat de porter secours aux victimes, il faudra un signal fort. Il faudra montrer que les enfants et adolescents qui s’adonnent au harcèlement n’ont plus leur place en école normale. Que l’éventuelle structure que devra être mise en place soit à payer par les parents, du moins en partie. Car les parents ont aussi une responsabilité dès le moment où ils sont au courant des actions de leur progéniture… Bien souvent, ils se plaignent de ne pas savoir quoi faire… Si le budget vacances passe dans les solutions que l’Etat trouvera, il est certain qu’ils sauront au plus vite quoi faire pour tenir leurs enfants et prendre leurs responsabilités.

 

 

Egalement disponible sur mon blog de la Tribune de Genève

 

 

 

 



22/01/2018
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